Jean-Marie Piemme – Philippe Sireuil
C’est l’histoire d’un type et d’un chien. Ou plus exactement de deux grandes gueules avec deux gros cous (deux « dikkeneke », comme on dit à Bruxelles, ou deux hâbleurs comme on dit ailleurs).
Deux grosses têtes à claques donc, une qui a plutôt tendance à en donner et une autre qui a plutôt tendance à en prendre.
En fait, c’est l’histoire (fertile en rebondissements) d’une rencontre, celle d’un homme et d’un chien, sauf qu’il ne s’agit pas de n’importe quel homme, ni de n’importe quel chien.
Jugez un peu : le premier, portier d’un hôtel de luxe, loge dans la précarité d’une caravane ; le second, lui, passe son temps à faire des cabrioles devant les bagnoles pour goûter aux crissements des carambolages.
Il fallait bien qu’ils se rencontrent, ce papa à qui on a retiré sa fille au prétexte qu’il n’y a pas de télévision dans la caravane et ce Youki qui fera tout pour qu’elle lui revienne. Il suffisait pour ça d’une roulotte pas trop loin d’une bretelle d’autoroute.
Cette fable philosophique nous embarque, sans un temps mort, avec juste ce qu’il faut de temps pour respirer entre les rires.
Le texte du dramaturge belge Jean-Marie Piemme, d’une férocité salutaire et joyeuse, claque dans l’air et égratigne au passage le monde et la bêtise avec un art consommé de la formule. Cynique, juste ce qu’il faut, comme il convient à un misanthrope dont la plume trempée dans le vitriol tranche comme un scalpel.
À travers histoires rêvées, fausses vérités et vrais mensonges, deux acteurs irrésistibles dégomment avec volupté et tendresse les tares d’une société d’abondance, pour ne pas désespérer de l’humain.
Texte Jean-Marie Piemme — Mise en scène et scénographie Philippe Sireuil — Interprétation Philippe Jeusette, Fabrice Schillaci — Musique David Callas — Costumes Catherine Somers — Assistante à la mise en scène Christelle Alexandre — Production Théâtre National de la Communauté française de Belgique / Bruxelles, La Servante
Durée 1h40